Le mercredi revient en classe

Publié le par Politique Educative Locale de Brest

Par VÉRONIQUE SOULÉ (Libération du 10 mai 2010)

 

Depuis 2008, la semaine des quatre jours, qui impose une cadence trop soutenue pour les élèves, fait débat. Le ministre de l’Education nationale veut une remise à plat.

  

Journées chargées, semaines hachées, vacances trop longues, année trop courte : question rythme scolaire, la France est une mauvaise élève. Depuis la rentrée 2008, les écoliers sont aux quatre jours - une incongruité en Europe où les élèves travaillent quatre jours et demi voire cinq.

 

Avec six heures de cours quotidiennes, plus une demi-heure de soutien pour les élèves en difficulté, la France atteint des records de densité. Aucun enfant, aussi concentré soit-il, ne peut suivre. Et comme les programmes sont lourds, ils ne sont pas bouclés. Il faut ajouter que les petits Français doivent absorber 913 heures de cours dans l’année contre 608 heures pour la Finlande, championne des comparaisons internationales. Et qu’ils ont le moins de jours de classe en Europe : 144 jours par an contre 188 en Finlande et 200 en Italie.

 

«Néfaste». Comment en est-on arrivé là ? Personne ne revendique la paternité d’un tel système, dénoncé par les spécialistes comme contraire au rythme de l’enfant. Dans un rapport, publié le 28 janvier dernier, l’Académie de médecine l’a jugé «néfaste pour la vigilance et les performances des élèves». Le 5 mai, le très libéral Institut Montaigne a estimé que c’était l’une des causes essentielles de l’échec en primaire.

 

La généralisation de la semaine des quatre jours, qui existait déjà dans certaines régions à titre dérogatoire, s’est faite sous Xavier Darcos. En septembre 2008, le ministre de l’Education décide de mettre à exécution une promesse de Nicolas Sarkozy : supprimer l’école le samedi matin. Le Président veut ainsi faire plaisir aux parents : ils pourront partir tranquilles en week-end, et pour les familles recomposées, ce sera plus simple de récupérer les enfants. Les deux heures de cours ainsi supprimées sont alors reportées dans la semaine pour de l’aide individualisée, qui sera dispensée par l’enseignant de la classe. Ce qui permet aussi de supprimer des postes de Rased (maîtres spécialisés dans la difficulté scolaire).

 

Recalés. Toutes les écoles, à de rares exceptions près, se retrouvent aux quatre jours sans avoir rien réclamé. Mais Xavier Darcos, qui avait opté pour les quatre jours et demi dans sa ville de Périgueux (Dordogne), connaît bien les limites du système. Lorsqu’il est interrogé, il explique qu’il n’a jamais forcé personne à l’adopter. Et rappelle que chaque conseil d’école, réunissant des enseignants, des parents et des élus municipaux, peut demander à en changer et inclure le mercredi matin.

 

Mais le pli a été vite pris : les enseignants apprécient de voir leur semaine ramenée à quatre jours. Les parents ne s’en plaignent guère. Les municipalités redoutent de devoir modifier une organisation déjà compliquée et coûteuse - les transports scolaires, la cantine, la garderie, etc. Résultats : les militants de la FCPE, la première fédération de parents d’élèves, hostile aux quatre jours, sont régulièrement recalés lors des votes des conseils d’école sur le sujet.

Le ministre actuel de l’Education nationale, Luc Chatel, apparemment sensible à certains arguments, a convoqué une conférence nationale sur le rythme scolaire en juin. Il a annoncé que tout serait remis à plat : la semaine et la journée de classe, mais aussi les vacances qui pourraient être raccourcies afin d’avoir une année scolaire plus étalée et enfin adaptée aux enfants.

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