Les rythmes scolaires aux Assises

Publié le par Politique Educative Locale de Brest

 par Claude LELIEVRE (historien de l’éducation)

 

On croyait que l’affaire avait déjà été jugée par Xavier Darcos, et la semaine condamnée à être définitivement ‘’raccourcie’’. Il semble qu’il n’en soit rien puisque les rythmes scolaires ( et dans toutes leurs dimensions ) vont passer en juin devant les Assises nationales ‘’installées’’ par Luc Chatel.

 

 Le ministre de l’Education nationale Luc Chatel vient en effet d’annoncer qu’il ‘’installera’’ une conférence nationale sur les rythmes scolaires au mois de juin, en affirmant que le " problème doit être traité dans sa globalité " ( en étudiant à la fois " le rythme pendant la journée, le rythme pendant la semaine, le rythme pendant l’année " ). .Dans la circulaire de rentrée publiée il y a trois semaines, il s’était contenté de demander " aux recteurs et inspecteurs d’académie " d’être " attentifs à la gestion des rythmes scolaires " et d’ " encourager l’organisation de la semaine en neuf demi-journées " ( du lundi au vendredi en incluant le mercredi matin ) " chaque fois qu’elle rencontre l’adhésion ". Mais il s’avère que la décision d’extension au mercredi matin est souvent difficile à prendre localement, en l’absence notamment d’un débat national clair.

 

 Au début de cette année, l’Académie de médecine a dénoncé publiquement les méfaits de la semaine de quatre jours qui s’est imposée à la suite de la décision de Xavier Darcos. Elle a rejoint ainsi les mises en cause faites par l’Inspection générale du premier degré de l’Education nationale et par la principale fédération de parents d’élèves ( la FCPE ) qui a été très déterminée et très active.

 

 Par ailleurs, l’Académie de médecine s’est clairement prononcée pour le retour à la semaine d’école à cinq jours, avec un trimestre articulé autour de sept semaines de travail pour deux semaines de congé, et la réduction des congés d’été.

In fine, le ministre a été amené à prendre le sujet des rythmes scolaires dans toute son extension, y compris en prenant en compte la dimension à haut risque de la durée et du tempo des vacances scolaires.

 

 Avant que cette décision soit prise, Hubert Montagner ( ancien directeur de recherche à l’INSERM et l’un des meilleurs spécialistes en matière de ‘’rythmes scolaires’’ ) m’avait adressé un très long texte qu’il ne saurait être question de retranscrire ici in extenso. Mais, compte tenu de son importance, et en dérogeant pour une fois à la règle d’une certaine brièveté du ‘’billet’’, j’ai choisi de retranscrire la partie du texte la plus susceptible d’éclairer certains aspects ‘’topiques’’ du débat à mener. 

 

 Quels " rythmes scolaires " ?

Les article et livres sur ce thème étant nombreux (voir notamment les publications de R. DEBRE, G. VERMEIL, H. MONTAGNER, F. TESTU et de leurs collaborateurs), on se contentera ici de quelques propositions majeures :

 

 1. il faut réduire la durée de toutes les journées scolaires, mais en la modulant selon l’âge des enfants . En effet, elle ne peut être la même au cours préparatoire (enfants âgés de six à sept ans) et au cours moyen deuxième année (enfants âgés de 10 à 11 ans), et encore moins en petite section de l’école maternelle (enfants âgés de deux ans et demi à quatre ans) et dans les cours moyens ;

 

 

 2. il faut revenir à une semaine de quatre jours et demi, avec le mercredi matin scolarisé puisqu’il est quasiment impossible de revenir au samedi matin à cause de l’adhésion de la très grande majorité des personnes au week-end " libéré " … même si on peut le regretter en raison des rencontres apaisées et des écoutes mutuelles qu’il autorisait entre les enseignants et les parents. On pourrait alors étaler les programmes (démentiels) sur plus de jours et diminuer ainsi la durée de toutes les journées scolaires, tout en évitant la rupture de rythme causée par un mercredi hors temps scolaire (toutes les ruptures de rythme sont préjudiciables aux enfants de tous âges). Si, dans sa lettre de rentrée publiée en mars 2010, le Ministre Luc CHATEL incite les autorités académiques à faciliter la semaine de quatre jours et demi avec classe le mercredi matin … il ne rejette pas pour autant la semaine de quatre jours. En outre, il ignore les mesures majeures qui ont été demandées par la communauté scientifique et médicale à partir des données de la recherche sur le développement et les rythmes biopsychologiques des enfants. Il se garde bien notamment de proposer une réorganisation et une réduction de la durée de la journée scolaire, " noyau " incontournable de l’aménagement du temps à tous les âges (faut-il rappeler que l’alternance du jour et de la nuit toutes les 24 heures est un donneur de temps universel qui synchronise la très grande majorité des rythmes biologiques des humains ?). Le " souhait " du ministre de passer à une semaine de quatre jours et demi serait-il un effet d’annonce ? Encore de la poudre aux yeux ? Pourquoi faudrait-il conserver la semaine de quatre jours qui s’est montrée désastreuse ?

 

 

 3. il faut que les différents acteurs concernés organisent une concertation pour proposer des journées qui reposent sur la prise en compte des trois ensembles de temps incontournables dans les 24 heures : les temps familiaux, les temps scolaires et les temps récréatifs, sociaux, associatifs, sportifs, artistiques, culturels … passés en dehors de la famille et de l‘école . Il faut notamment " repenser " la journée du samedi pour les enfants dont les parents travaillent, pour ceux dont la famille est en souffrance et pour ceux qui sont laissés à eux-mêmes ;

 

 

 4. il faut instaurer un système d’alternance régulière des plages scolaires et des plages de vacances. L’alternance dite 7-2 est souvent plébiscitée, c’est-à-dire sept semaines de classe en alternance avec deux semaines de vacances (c’est ce que nous avions proposé dans les colloques des années 1980). Il est souhaitable que, pour éviter les ruptures de rythme et donc les effets de lundi, les quinzaines scolaires englobent les jours fériés, et qu’elles coïncident avec les moments de plus grande vulnérabilité biologique et psychologique des enfants. Il faut notamment arrêter la prise en otage de l’école par le " tourisme de la neige " en février-mars, moment de plus grande vulnérabilité biologique dans l’hémisphère nord. Il faut trouver d’autres solutions qui ne soient pas préjudiciables aux enfants ;

 

 

5. il faut réduire les grandes vacances d’été tout en promouvant une " culture " de l’aération et du rafraîchissement des classes pendant les " périodes chaudes ", et augmenter ainsi le nombre de jours de classe, l’un des plus faibles d’Europe ;

6. il faut que l’école soit repensée en terme d’écosystème, c’est-à-dire comme un lieu de vie et d’éducation, et pas seulement comme un lieu d’instruction, afin que chaque enfant puisse révéler ses différences, possibilités, compétences, aspirations, motivations, ambitions, projets … dans le cadre d’interactions apaisées et d’écoutes mutuelles entre toutes les composantes de l’écosystème, c’est-à-dire les enfants eux-mêmes, les enseignants, les autres éducateurs, les parents, les familles (fratrie, grands-parents …), les RASED, le maire ou son représentant, et les autres acteurs ;

7. Il faut repenser et redéfinir les finalités de l’école maternelle et de l’école élémentaire, c’est-à-dire répondre enfin clairement aux questions : une école pour quoi faire ? pour quels enfants ? pour quelles familles ? pour quels enseignants ? pour quelle société ? pour quels projets de société ?

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